La maintenance des M'bunas (1)  
publié dans la RFC N°149 mai 1995 et la revue de l'AIC (N° spécial 1995)

rédigé en collaboration étroite avec mon ami Patrick Tawil.

Il a été réactualisé en fonction des dernières modifications taxinomiques

* Introduction

Il y a quelques années nous aurions pu intituler cet article "Réhabilitons les M'bunas". Considération bien désuète maintenant, tant ces poissons deviennent de plus en plus fréquents lors des bourses, et nombreux dans les petites annonces. Un bon test pour juger de la mode en matière de Cichlidés est de faire un tour aux bourses des réunions régionales de l'AFC, en particulier celles de la région parisienne, à Orsay. Il y a 10 à 15 ans, on ne trouvait pratiquement que des "haplos" et "du Tanganyika". Depuis environ deux ans, les M'bunas sont revenus en force, tant du point de vue du nombre de sujets que de celui du nombre d'espèces. La mode revient donc à ces poissons après une absence de plus de 10 ans. Pourquoi ?

Tout d'abord il convient de rappeler que leur "disparition" fut, en grande partie, due à une réputation de poissons caractériels incapables de vivre en communauté. Ils furent alors remplacés dans le cur des amateurs de poissons très colorés du Malawi par la gamme variée des "Haplochromis" ou encore, pour les amateurs de l'observation par les poissons du Tanganyika, beaucoup moins colorés (en général), mais aux comportements si divers et si intéressants. Enfin, et peut-être surtout, étant les premières espèces importées des grands lacs africains, ils ont traîné une réputation de poissons surannés tout juste bons à être tenus par des cichlidophiles néophytes, qui ne savaient pas ce qui les attendait, les pauvres. De plus, ces espèces étant très proches sur le plan de l'évolution, la variété de leurs comportements ne saute pas aux yeux. Pourtant, elle est réelle, d'autant qu'il faut comparer ce qui est comparable: leurs homologues dans le lac Tanganyika ne sont que les "brouteurs", c.-à-d. les espèces des genres Limnotilapia, Simochromis, Pseudosimochromis, Tropheus et Petrochromis, qui sont leurs équivalents écologiques (et probablement leurs plus proches parents dans ce lac, d'ailleurs). Avec ces dernières espèces, les M'bunas ne souffrent en rien de la comparaison, d'autant que leur maintenance et leur reproduction sont plus faciles.

Les M'bunas ont des atouts variés en leur faveur : d'une part ils sont très colorés, ce qui est un souci essentiel de bon nombre d'aquariophiles, leurs couleurs étant souvent plus variées que celles des "Haplos", d'autre part ils ont des comportements beaucoup plus élaborés qu'il n'y parait. Enfin, le nombre d'espèces actuellement importées est de plus en plus grand, les espèces "nouvelles" de plus en plus fréquentes, ce qui permet d'assouvir le besoin de nouveautés de certains. Il est loin le temps ou on ne trouvait que du Melanochromis auratus, du "Pseudo zebra cobalt" ou du P. socolofi. Les "species" sont maintenant à la mode, ce qui constitue pour les néophytes (et parfois pour les autres) une source de tracas. Les noms commerciaux sont légion, et il est bien difficile parfois de s'y retrouver. Mais là n'est pas le sujet de cet article.

* Qui sont-ils?

Sous le nom de m'bunas, signifiant en langage local "frappeur de pierre" on regroupe les genres suivants endémiques du lac Malawi: Cyathochromis, Cynotilapia, Gephyrochromis, Genyochromis, Iodotropheus, Labidochromis, Labeotropheus, Melanochromis, Petrotilapia et Pseudotropheus, Maylandia et Tropheops. Le nombre total d'espèces est assez difficile à estimer, R. Allgayer en dénombrait 196 en 1987 et Ad Konings ne dénombre pas moins de 212 espèces, décrites ou non, dans son Atlas de 1990 (dont 128 Pseudotropheus au sens large). Mais ces chiffres ne concernent pratiquement que les espèces trouvées sur les côtes de l'état du Malawi, soit toute la côte Ouest, la côte Sud et une petite partie de la côte sud-est. Depuis le début des années 90 de nouvelles espèces sont apparues sur le marché grâce à l'exploration de la côte nord-est (Tanzanie), la côte du Mozambique (centre est) restant encore mal explorée, Stuart Grant a toutefois depuis peu obtenu l'autorisation d'y pêcher. L'exploration du lac portera vraisemblablement le nombre de formes à plusieurs centaines. Mais dans le tas, il est difficile de distinguer les simples variations géographiques des espèces bien différenciées. Alors que jusque dans les années 70, on tendait à regrouper de nombreuses espèces sous un même nom scientifique, les variations étant mises sur le compte du polymorphisme, la tendance actuelle est sans doute allée trop loin dans l'autre sens : de simples sous-espèces sont souvent désignées comme espèces à part entière (voir la description des 10 "nouveaux" "Metriaclima"), soit par difficulté à déterminer les caractères de niveau spécifique, soit pour des considérations commerciales : l'attrait de la nouveauté sera plus grand pour un acquéreur potentiel s'il croit avoir affaire à une nouvelle espèce.

D'une manière générale, les m'bunas sont des espèces pétricoles se nourrissant des algues recouvrant les rochers ainsi que des animalcules qui s'y cachent. Toutefois, il convient de signaler que ce comportement ne constitue pas une règle puisque certaines espèces sont, plus ou moins, sabulicoles et que d'autres se nourrissent de plancton. Beaucoup d'espèces tirent d'ailleurs profit de cette dernière ressource alimentaire en période d'abondance, même lorsqu'elle ne constitue pas leur régime de base. Depuis les travaux sur l'écologie de ces poissons effectués par une équipe de sud-africains (Ribbink et al., 1983),l'écologie et les facultés d'adaptation des m'bunas se sont révélés extraordinairement variés pour un groupe aussi homogène.

Suite : L'aquarium à m'bunas

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